CLAIRE ERRANCE

Claire errance, ou le chemin que mène une femme vers la réalisation de soi. C’est le « chant de la femme d’argile » (titre de son précédent livre) que reprend Chloé Bressan, et c’est dire cette recherche d’être pleinement femme, mais surtout d’être en accord profond avec soi-même et de retrouver une innocence fondamentale telle que pourrait la représenter l’enfance, cette « eau vive », non dénaturée justement. Glaise, limon.


Habitée d’une présence intense, la phrase est tout le long de Claire errance comme dilatée, cousue d’images baroques voire surréalistes qui font appel à des « êtres de feu » tels Soutine, Artaud ou Rilke, qui cherchent au fond d’un terreau ancestral de récits cosmogoniques, et s’articulent notamment sur la pensée chinoise avec le « livre des mutations », le yi king, traité canonique de divination.

« Unie, elle veut être unie, mais elle ne sait pas dire vraiment à quoi. » Ce chemin est errance, fait de détours : il y a ce « tas effréné de gestes et de peurs », elle se défend « d’aller au hasard et seule dans le moiré [d’elle]-même ». Il est aussi désir de rencontre, écoute, envie d’un corps désirant, d’une danse amoureuse. « Au bord de ton corps, le ciel se défait. Cruciale, j’admets ta venue, enroulée de vents forts et de copeaux de bois. » Mais n’a‑t-elle pas seulement rêvé ? Puisqu’« il est question de racines, non de baisers », si l’autre « détourne la tête pour regarder dans une autre nuit », le « nous » ne peut que disparaître. « Je couds et recouds, le soir, le même labyrinthe. Nos mains deviennent un projet irréaliste. »

Parce qu’elle s’est ouverte à « faire d’une rencontre une passerelle pour dépasser », que lui n’a pas arpenté ce chemin d’errance, elle n’est plus « la partenaire débutante » et l’autre est redevenu Dédale. Elle, n’a eu de cesse de « faire et reprendre » (une longue liste d’injonctions entrecoupe le « récit », ponctuant un avant et un après, en une belle pause étrangement factuelle dans la poésie de Chloé Bressan) : se reprendre soi-même, ses désirs, retrouver sa « sauvagerie », son être profond, « quand la lande et l’enfant se respirent en une seule nuance .

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