EN ATTENDANT T'AVENUE
En attendant t’avenue est constitué d’une seule image, monumentale. Une tapisserie qui parcourt tout le livre, brodée à la plume et exécutée à main levée. Le lecteur est convié à arpenter cette avenue de 112 pages, dessinées et détaillées de façon obsessionnelle et annotées par l’auteur au fil de la plume (ces annotations, plus visuelles que narratives, sont conservées en l’état, de façon brute).
Les motifs architecturaux sont autant d’occasions d’explorer le dessin et le trait, chaque bâtiment propose une exploration plastique différente, un vocabulaire et une écriture à chaque fois renouvelés. Comme si l’auteur voulait désapprendre ses années de formation artistique et, dans une logique qui relève du dessin spontané ou automatique, pousser le travail du trait dans ses retranchements, dans une constante invention graphique: all over, effets de saturation, géométries, déconstruction, mosaïques, etc.
Ce travail de dessin est prodigue en propositions architecturales. On a beaucoup glosé sur le style de la ville d'Incognito City, qui est le décor des Pirates du silence, cette aventure de Spirou dessinée par Franquin et Will. On songe aussi aux constructions organiques et géologiques d'Antoni Gaudí, de Frank Gehry ou d’autres déconstructivistes, qui, au départ de croquis affranchis des lois de la technique et de la pesanteur, aboutissent, par exemple, au musée d'art contemporain de Niterói, d'Oscar Niemeyer (au départ, un simple croquis). C’est ce que le dessin permet : l’utopie au bout de la plume.
