LA BRECHE 05 ; PRINTEMPS 2023 ; PSYCHIATRIE ET CARCERAL
Dans un monde parcouru de violences économiques brutales, de répressions sociales et raciales, rythmé par les crises en tous genres, les services psychiatriques tout comme les appels d’urgences sont saturés de demandes de soin, d’accompagnement de crise. Les personnes que nous avons rencontrées au cours de l’édition de ce numéro reviennent souvent sur la nécessité du soin, par et dans l’accompagnement thérapeutique. Elles pointent également un manque d’accès aux soins, et de moyens institutionnels mis dans le soin. Il y a une demande forte de prise en charge de la santé mentale pour ne pas simplement sombrer, pour être protégé·e soi-même ou pour protéger les autres.
Dans le même temps, les textes que nous rassemblons ici témoignent tous du caractère répressif des institutions psychiatriques : elles se retrouvent sans cesse intriquées à des formes de contrainte, de contrôle et de répression. Elles pratiquent la médication à outrance, usent de la contrainte légale et physique, enferment et parfois tuent. Elles font à ce titre pleinement partie d’un pouvoir carcéral, ou du moins l’accompagnent avec peu d'ambiguïté, jusqu’à l’internement en défense sociale ou en annexes psychiatriques, ces bouts du mondes pour ceux qu’on veut oublier (Adrien*, p. 68).
Il y a dans cette tension quelque chose à penser : comment le carcéral s’invite-t-il dans ce qui devrait être du soin ? Et comment faire soin autrement ? Ces deux questions parcourent le présent numéro, qui investigue les rapports multiples et complexes entre psychiatrie et logiques carcérales.
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