LA FORET DU TEMPS
Dans les années 1950, lancé dans la rédaction de la saga de Bob Morane, Henri Vernes laissa inachevé cet ambitieux roman d’aventures à la construction narrative assez sophistiquée, articulée autour de flash-back. L’eût-il terminé qu’il serait peut-être devenu un nouveau Blaise Cendrars, un nouveau Joseph Kessel, avec quelque chose de Pierre Mac Orlan. Bob Morane en aura décidé autrement. Mais tel qu’il est, par sa complexité, sa densité et son intensité, le récit de la Forêt du temps (oublié dans un tiroir et retrouvé l’an dernier par hasard) ne sent pas l’incomplétude : c’est le morceau de bravoure d’un grand conteur qui vous tient en haleine de la première à la dernière ligne.
Extrait :
Dans son hamac, enfermé sous sa moustiquaire, Henri Harkens essayait à présent de trouver le sommeil. Depuis la veille, sa jambe ne le faisait presque plus souffrir et, à demi-lucide, il réalisait que tout avait commencé bien des années auparavant, lorsqu'il avait pris conscience des choses et des êtres. C'est alors qu'il aurait dû se fermer, se rendre bien étanche et foncer, ne pas se laisser pénétrer par cette existence faite d'amour, de pitié et de refoulement.
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