LE VISAGE DE LA LUTTE ; UNE ALLEGORIE SANS PAROLES

Préface de Peter Kuper

Aujourd’hui, l’arbitraire de la violence d’état n’en finit pas d’écraser ceux qui entravent ses désirs les plus fous. Mais, dans Le Visage de la lutte, le peuple ne s’en laisse pas conter si facilement.
Cette allégorie sans paroles de la lutte contre le fascisme convoque la puissance graphique et politique des romans graphiques de Frans Masereel pour nous rappeler la nécessité vitale du combat pour la liberté, l’égalité et la justice sociale.

En octobre 2019, cet ouvrage a fait l’objet d’une première édition limitée à 500 exemplaires et entièrement réalisée en sérigraphie.

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À l’origine de ce livre

Seth Tobocman

En 2018, les éditions CMDE (aujourd’hui Ici-bas) m’ont demandé de « créer une parabole à propos de la montée du fascisme, dans la veine de l’Idée de Frans Masereel1 ».

L’« Idée », dans cette série de gravures sur bois pleines d’esprit de Masereel, est une femme magnifique qui sort littéralement de la tête d’un artiste et s’en va arpenter le monde. J’ai immédiatement compris que, dans le monde actuel, la femme devait être bien plus que le fantasme d’un homme. Elle devait être une protagoniste avec ses idées propres.

Mais réfléchir à cet ouvrage m’a aussi amené à méditer sur la façon dont, au cours de l’histoire, les images de femmes ont été utilisées pour représenter des idées essentielles. Peut-être cette pratique provient-elle de cultes de déesses préhistoriques, ou bien d’une coutume plus quotidienne. Ou bien les artistes ont-ils toujours dessiné des images de femmes fortes, parce que de telles femmes ont toujours existé.

Il m’est aussi venu à l’esprit que les idées ne sont pas des choses immaculées comme elles ont pu être à l’aube du XXe siècle. Aujourd’hui, elles sont des marchandises comme les autres, au point qu’on parle de « propriété intellectuelle » et de son antithèse dialectique, le « plagiat ».

Les fascistes sont des plagiaires. Ils volent les idées de la gauche afin de gagner le soutien des masses. On a tous pu observer comment Donald Trump s’est rangé derrière la rhétorique populiste de Bernie Sanders, ou aux côtés des analyses anti-mondialisation des militants révolutionnaires. On l’a vu s’emparer du slogan du mouvement pacifiste, « Refusons la guerre sans fin », pour justifier sa politique commerciale extérieure. Les républicains ont même volé la couleur rouge. Le fascisme ne produit pas tant une idéologie qu’une parodie grotesque du politique, un Monde Bizarre dans lequel les opposés sont amalgamés et deviennent des armes.

Ce livre est un hommage aux livres sans paroles de Frans Masereel et de Lynd Ward. Mais aussi aux œuvres de leurs contemporains tels Thomas Hart Benton, Hugo Gellert, Käthe Kollwitz et les frères Sawyer, ainsi qu’à celles de leurs prédécesseurs, Francisco Goya en tête. Ces artistes ont offert une vision de la solidarité humaine et d’une éthique séculière qui nous font défaut aujourd’hui.

Ce livre est un appel à ceux d’entre nous qui croient naïvement aux idées des droits humains universels, à la paix dans le monde et à la justice sociale, afin que nous reprenions ce qui nous a été volé avant qu’il ne soit trop tard.

New York, novembre 2019

1Paris, Martin de Haleux, 2018.

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À propos de l'auteur :
Seth Tobocman, compagnon de route de Peter Kuper et d’Eric Drooker, est un artiste majeur de la BD underground américaine. Il est l’auteur de Quartier en guerre (CMDE/Ici-bas, 2017), Le Visage de la lutte (Ici-bas, 2020), et L'Amérique en procès (Ici-bas, 2020), You Don’t Have to Fuck People Over to Survive (AK Press), Landscapes and Disasters (AK Press), et World War III Illustrated: An Anthology (PM Press).

10€

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