L'EVASION D'UN GUERILLERO ; ECRIRE LA VIOLENCE
Préface de Joseph Andras
Illustrations de Yoel Jimenez
« L’Évasion d’un guérillero ne sera pas l’écrit “d’un mort”. Seulement une parole survivante et singulière pour mettre au clair les chiffres et les silences : ce que peut le bon journalisme, tout compte fait. »
Joseph Andras, extrait de la préface
L’Évasion d’un guérillero raconte l’incroyable parcours d’un combattant indigène nahua, Andrés Tzompaxtle Tecpile, enlevé, détenu et torturé par l’armée mexicaine en 1996, jusqu’à son évasion, puis sa longue et difficile reconquête de la liberté.
En recourant à une polyphonie narrative qui articule de façon magistrale le travail d’archives, le journalisme de terrain, le témoignage et l’essai, John Gibler dévoile les stratégies contre-insurrectionnelles de l’État colonial tout en s’engageant aux côtés des victimes. Il propose aussi des pistes pour « décoloniser » l’écriture et tente d’« écrire en écoutant ».
Hommage vibrant à la parole et à l’histoire d’un survivant qui incarne la force inébranlable de la lutte pour la dignité des peuples, cet ouvrage nous invite une nouvelle fois à nous battre contre l’oubli.
Le 1er janvier 1994, l’Armée zapatiste attaque six villes de l’État du Chiapas et proclame son manifeste. Après douze jours de guerre, une trêve est déclarée. L’État et l’armée mexicaine vont désormais gérer une situation de rébellion plus ou moins négociée. Le 28 juin 1995, la police de l’État du Guerrero massacre dix-sept paysans, tous membres d’un syndicat particulièrement teigneux l’Organisation paysanne de la Sierra du Sud (Organización Campesina de la Sierra del Sur), au gué d’Aguas Blancas. Un an, jour pour jour, plus tard et au même endroit, un nouveau groupe armé fait irruption en public et lit son manifeste écrit en espagnol et nahua. C’est l’Armée populaire révolutionnaire (EPR). Elle n’entre au combat que le 16 juillet suivant en attaquant l’armée fédérale.
Le 25 octobre 1996, l’EPR a invité plusieurs journalistes locaux à une entrevue à Zumpango del Río (Guerrero). Des barbouzes de l’armée interceptent les journalistes et enlèvent un de leurs jeunes guides, Andrés Tzompaxtle Tecpile. C’est l’histoire de sa disparition, de son calvaire et de son évasion inespérée que raconte John Gibler dans son ouvrage L’Évasion d’un guérillero. Écrire la violence. Au-delà d’un témoignage cauchemardesque, c’est toute la stratégie de la terreur d’État qui est narrée à travers les entretiens avec Andrés Tzompaxtle et divers autres protagonistes. Et comme ce thème est à la fois particulier et, de Guantanamo à Damas, terriblement universel, voilà pour Gibler l’occasion de questionner sa pratique, son écriture. Comment rendre compte de l’indicible ? Voilà un des sujets de l’entretien avec l’auteur ci-dessous.
On en profite au passage pour souligner la qualité de la traduction.
